Introduction des cours Dossiers documentaires Bibliographies
1120-1131. Hugues de Fleury, Histoire de l’Église.
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  Dossier 104 image du dossier
Texte original Traduction

Colonne a
Glorioso et sapienti Ivoni Carnotensi episcopo,
frater Hugo monachus
Sancti Benedicti Floriacensis cenobii
sempiterna pace et felicitate perfrui.
Ecce tibi, precellentissime pater et domine,
duo humilitatis mee opuscula transmitto,
ut si quid ibi videris indecens et incultum
lima prudentie tue corrigas et exornes,
et quod tibi placuerit corrobores et confirmes.
Arma mea adversus otium sunt
hec opuscula que nunc vides.
Nam malo studio vacare
quam in otio et torpore
sicut pecus inutile vitam exigere.
Sed hec omnia vestro desidero judicio discuti
et vestra sapientia condiri,
quoniam vacillare non poterit
quod semel auctoritatis vestre nodus corroboraverit.
At mihi forsitan aliquis dicet :
tam vilia et inutilia cur
viro prudenti et in summa phylosophie arce sedenti
mittere non erubuisti,
cum scias esse scriptum
quia orationi et carmini est parva gratia,
nisi eloquentia sit summa ?

Ego vero ad hec respondeo
quoniam malo justo sapientis judicio comprobari,
quam arrogantium sententia condemnari.
Laboriosum tamen est, pater honestissime,
tue integritatis adjectiones et detractiones
huic adhibere volumini,
sed fructus laboris
preciosior auro caritas est. Vale.

Colonne b
Incipit ecclesiastice liber historie
quem Hugo de Sancta Maria
monachus Sancti Benedicti Floriacensis
a diversis defloravit historie locis,
anno ab incarnatione Domini millesimo centesimo decimo,
gratia domine Adele Carnotensium,
Meldensium atque Blesensium comitisse
.
Incipit liber primus.
Assiriorum igitur rex potentissimus fuit olim Ninus
qui bellum finitimis inferens regibus
omnes Asie populos preter Indos sibi subjugavit
et annis in ea quinquaginta regnavit.
Quibus exactis, decessit
relicto adhuc in pubere filio Nina nomine
et uxore Semiramide
que nec inmaturo puero imperium ausa tradere,
nec ipsa palam tractare.
Tot ac tantis gentibus vix patienter
uni viro, nedum femine, parituris
simulat se pro uxore Nini filium,
pro femina puerum.
Nam et statura utrique mediocris
et vox eque gracilis
et liniamentorum qualitas matri ac filio similis erat,
brachiaque et crura vestis virilis,
caput vero thiara tegebat.
Et ne forte novo habitu
aliquid occultare videretur,
eodem ornatu et populum vestiri jubet.
Quem morem vestis exinde
gens illa universa tenet.
Sed primis initiis sexum mentita,
puer esse credita est.
Magnas denique res gessit.

Dans la marge inférieure
Asiam plerique sermographi
terciam totius orbis partem appellavere
tribus et orbis orbem partibus divionentes.
Quarum partium Europa
a septentrione ad occidentem porrigitur
et Affrica ab occidente ad meridiem.
Asia vero a meridie per orientem
ad septentrionem extenditur.
Videnturque due partes orbem tenere dimidium,
Affrica videlicet et Europa, et dimidium Asia sola.

Colonne a
Au glorieux et sage Yves évêque de Chartres,
frère Hugues moine
du monastère Saint-Benoît de Fleury,
qu’il jouisse de la paix et de la félicité éternelles.
Voici que je t’envoie, père et seigneur très excellent,
deux petits ouvrages fruits de mon humilité,
pour que, si tu y voies quelque chose de choquant et de barbare,
la lime de ta prudence le corrige et l’orne,
et que, ce qui t’auras plu, tu l’affermisses et le confirmes.
Ce sont mes armes contre l’oisiveté
que ces petits ouvrages que tu vois maintenant.
Car je préfère me consacrer à l’étude
que de passer ma vie dans l’oisiveté et la torpeur
comme le bétail inutile.
Mais je désire que tout cela soit examiné par votre jugement
et relevé par votre sagesse,
car ce que le nœud de votre autorité aura une fois corroboré
ne pourra plus vaciller.
Mais peut-être quelqu’un me dira :
pourquoi n’as-tu pas rougi
d’envoyer à un homme sage et qui siège au pinacle de la philosophie
des choses viles et inutiles,
alors que tu sais qu’il est écrit :
une petite faveur s’attache à un discours et à un poème,
à moins que l’éloquence n’en soit extrême ?

Pour ma part, je réponds à cela
que je préfère être approuvé par le juste jugement d’un sage
que d’être condamné par la sentence d’arrogants.
Il est cependant difficile, père très honorable,
d’appliquer à ce volume
les additions et les suppressions de ton intégrité,
mais le fruit du travail
est la charité, plus précieuse que l’or. Adieu.

Colonne b
Début du livre de l’histoire ecclésiastique
qu’Hugues de Sainte-Marie
moine de Saint-Benoît de Fleury
a composé à partir de divers livres d’histoire,
l’an du Seigneur 1110,
pour dame Adèle comtesse de Chartres,
de Meaux et de Blois
.
Début du premier livre.
Il y avait autrefois un roi très puissant des Assyriens Ninus,
qui, portant la guerre chez les rois les plus proches,
soumit tous les peuples d’Asie à l’exception des Indiens
et régna cinquante ans.
Ces années passées, il mourut
et laissa un fils encore jeune du nom de Nina
et une femme Sémiramis
qui n’osa pas remettre le pouvoir à un fils encore trop jeune,
ni l’exercer elle-même ouvertement.
Auprès de peuples si nombreux et importants
qui souffraient à grand peine d’obéir à un seul homme, et encore plus à une femme,
épouse, elle se fait passer pour le fils de Ninus,
et l’enfant pour une femme.
Car ils étaient tous deux de petite taille,
d’une voix également faible,
et la mère et le fils avaient des traits semblables,
un habit d’homme couvrait ses bras et ses jambes,
une tiare sa tête.
Et pour que sous le nouvel habit
quelque chose ne semble pas caché,
on ordonne au peuple de s’habiller aussi des mêmes vêtements.
Par la suite, tout le peuple adopte
cette manière de s’habiller.
Mais ayant dès le début menti sur son sexe,
elle fut prise pour l’enfant.
Elle fit de grandes choses par la suite.

Dans la marge inférieure
La plupart des géographes ont appelé
Asie le tiers de la surface terrestre,
en divisant la surface terrestre en trois parties.
Parmi ces parties, l’Europe s’étend
du nord à l’ouest,
et l’Afrique de l’ouest au sud.
Quant à l’Asie, elle s’étend du sud à l’est
jusqu’au nord.
Il semble que deux parties remplissent la moitié de la terre,
c’est-à-dire l’Afrique et l’Europe, et l’Asie seule l’autre moitié.