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1447, 26 mai. Mandement delphinal
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Dossier 31

La captation du modèle royal est aussi forte qu'attendue. L'organisation du discours, de multiples formules viennent tout droit de la chancellerie royale (qui d'ailleurs fournit en personnel les princes du sang). On notera au passage la clause de décharge (nous créons ici cette expression, faute de mieux, car les manuels et vocabulaires de diplomatique ne la citent pas) : elle est inspirée des lettres royaux en matière financière, ce qui n'étonne pas vu le profil de la carrière de Bochetel (comprendre que, s'il agit comme il est ordonné, en ce faisant, le comptable sera tenu pour quitte, déchargé de l'obligation qui lui est faite ; l'expression partout ou besoing sera désigne à l'origine les différentes cours qui pourraient avoir à juger ses comptes).

La typologie diplomatique est elle aussi « sous influence » : la forme matérielle (le format allongé, le scellement sur simple queue de parchemin), quelques traits du discours (l'adresse individuelle et surtout l'absence de corroboration) désignent sans hésitation un « mandement », acte ponctuel d'administration courante.

Mandement au sens diplomatique, mais beaucoup moins nettement au sens juridique : il ne faut pas prendre la très courante clause injonctive (« Si vous mandons… ») pour un dispositif. L'organisation du discours est certes traversée par l'expression sans détour, presque véhémente, d'une volonté, d'un ordre, auxquels on ne pourrait sans péril se soustraire ; elle suggère l'inégalité des positions. Elle est pourtant plus riche. D'abord parce qu'il n'y a pas de dispositif à proprement parler ; le document est, sous cet aspect, informatif : c'est une lettre, tournée dans la forme d'un acte de chancellerie (à rapprocher d'ailleurs, en sens inverse, dans l'écriture épistolaire moderne, du sens dérivé et affaibli de « mander » au sens de « faire savoir » : « Je vous mande que… »). Ensuite parce qu'il n'y a pas deux protagonistes, mais trois (le roi, le seigneur, le commissaire), ni une action, mais deux (la notification au seigneur, la commission au commissaire).

C'est, en fin de compte, qu'il y a deux actes en un, et l'on doit imaginer le commissaire delphinal quittant Montélimar, muni de ce mandement dont il n'est pas destinataire mais exécuteur, pour ensuite le présenter au seigneur de Grignan (qui le gardera dans ses archives pour sa valeur de décharge) ; ce trait rapproche le document des lettres de créance des ambassadeurs.