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1239, décembre. Diplôme impérial
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Dossier 58

Éloquent, le discours propose une belle synthèse de la majesté impériale et de la monarchie féodale ; enflammée et vengeresse, la parole rend présent l'état d'urgence où se trouve le souverain, excommunié, environné d'ennemis dans une Italie septentrionale travaillée par le parti pontifical. De nombreux traits diplomatiques, à commencer par l'usage du monogramme et la présence d'une invocation verbale, montrent que nous sommes en face d'un diplôme, et même de sa version la plus solennelle. Héritée des temps carolingiens, modifiée à petites touches, redynamisée sous Frédéric Ier (qui est par exemple à l'origine de la " datation solennelle ", où Actum... et Datum... sont à nouveau dissociés, ici dans une configuration un peu adaptée), cette forme convient à des actes perpétuels, de prestige, éloignés de la production quotidienne et beaucoup moins nombreux : sort commun du diplôme capétien et du privilège pontifical.

La forme modeste et négligée du document, due à l'intervention d'un copiste, fait un violent contraste avec l'organisation raffinée du discours. Le copiste a pourtant été très sensible à la présence du monogramme et très attentif à ses formes, comme s'il avait voulu capter de sa force. Ce type de copie est dite " figurée ", en ce sens qu'elle reproduit certains des signes graphiques de l'original. On notera au passage que le monogramme de Frédéric II ne peut être exactement développé. Sa forme est normalement complexe car depuis la fin du Xe siècle, le monogramme impérial inclut, à côté du nom, le titre impérial (ou royal). Celui de Frédéric Ier se développe ainsi "FRIDERICUS DEI GRATIA ROMANORUM IMPERATOR". Mais celui de Frédéric II reproduit exactement celui de Henri VI, au point d'en conserver le H initial (en bas à gauche) ! Signe que le monogramme a achevé de devenir un pur signe graphique, aussi stéréotypé que l'image sigillaire.

On n'a pas d'autres indices sur la personnalité et la motivation du copiste. Il est fort probable que la copie, présente dans les archives du comte de Toulouse ensuite dévolues à Alphonse de Poitiers, puis au roi de France, ait été commanditée par le comte ou son entourage. De multiples traits graphiques (cresit pour crescit, nossitur pour noscitur, consecionis pour concessionis, millezimo pour millesimo, trisesimo pour tricesimo, Federicus pour Fredericus) sont parfaitement compatibles avec une origine italienne, "française" ou occitane...