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1261, 28 et 30 janvier. Lettres pontificales (copie contemporaine aux registres pontificaux) Le pape, le roi, les moniales : confirmations de dons d’églises de Brno à des cisterciennes de Moravie
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Dossier 95

Les deux confirmations pontificales sont presque de routine ; leur date (elles sont nettement postérieures aux décisions prises sur place par les pieux rois et les sages évêques), la mention comme incidente de la non-consultation du chapitre cathédral d’Olmutz, leur proximité dans le temps, qui suppose la concertation entre les deux monastères, voire l’envoi d’un unique messager, donnent à penser qu’elles sont sollicitées dans le cadre d’un litige.

Il est évident que l’on n’est pas ici en présence des originaux, et seuls les caractères internes des textes peuvent nous aider à préciser leur nature : la présence d’un (bref) préambule n’étant pas discriminante, seule la clause prohibitive, très abrégée (une très probable clause comminatoire en a même fait totalement les frais), signale que l’une et l’autre lettres devaient être bullées sur lacs de soie – soit une catégorie de lettres ayant valeur perpétuelle, ce qui correspond bien au fond des deux interventions.

Du point de vue de la tradition, nous sommes en présence de copies, des copies privilégiées puisque réalisées à la source, chez le producteur des actes : ces copies mises en volume forment, au sens strict, un « registre de chancellerie », dont on ne sait pour le XIIIe siècle pontifical s’il procède de la transcription des minutes ou des originaux avant ou après bullement (voire de la collation de l’original sur le texte transcrit de la minute). Les registratores procèdent encore avec un mélange d'économie et de solennité, en transcrivant les textes des privilèges et des lettres par paquets (ce que dénoncent les menues ruptures de l'ordre chronologique des dates successives). Solennité et monumentalité de la mise en page, accentuée par une décoration et une bichromie ici absentes par accident. Économie dans la transcription qui fait sauter tout ce que l’on peut restituer sur des critères extérieurs : le copiste écarte ainsi la suscription de l’acte (rien ici ne nous permettrait d’attribuer les lettres à Alexandre IV, ce sont le titre et la cote du registre, la date complète des seuls privilèges qui nous mettraient sur la voie de l’attribution), et la formule de salut. Comme l’adresse est utilisée comme rubrique (ce qui permet une recherche rapide par destinataire au fil des pages), le corps de la copie s’ouvre sur le préambule, dont l’incipit commence d’ailleurs, dans la même période, à servir de nom, de référence à certaines bulles. Même procédé sur la fin du texte : le copiste abrège les clauses finales (réduites à etc., la mention « Nulli nostre confirmationis » condensant la mot qui sert d’appel, et l’expression de la nature juridique de l’acte, variable). Il peut aussi sauter tout ce qui est commun à l’acte précédent (en tête du second texte : « etc. ut in alia »).

Des quelque six ans et demi du pontificat d’Alexandre IV, les registres nous livrent pas moins de 3260 textes – un chiffre en soi appréciable mais qui d’après les sondages de quelques spécialistes ne refléterait pas plus du cinquième de la production totale de la chancellerie. Les registres pontificaux du XIIIe  siècle (Registra vaticana), remodelés et destinés à une conservation perpétuelle (d’où le recours au parchemin et à une écriture posée) depuis 1198, sont normalement regroupés aux Archives vaticanes ; celui-ci fait exception : couvrant pas plus de 14 feuillets (48 actes), il a été interrompu très tôt par la mort du pape ; il n’a pas été rubriqué et a échappé à un moment inconnu à la série officielle des registres : on le retrouve bien plus tard dans les collections du cardinal Mazarin, d’où il passa à celles du roi de France, et de là à la Bibliothèque nationale de France, où il se trouve encore.